Farrokhroo Parsa, mourir debout

07/01/2026

Farrokhroo Parsa fut la voix d'une femme qui refusa de se taire devant l'injustice. Son courage éclaira l'obscurité et transforma la peur en une force silencieuse mais inébranlable. Son histoire résonne encore comme un écho intemporel, un appel à la liberté et à la dignité qui traverse les générations. 

Farrokhroo Parsa naît en 1922 à Qom, ville de clercs et de silences, cœur battant d'un Iran religieux où la tradition pèse comme une loi immuable. Fille d'une militante pour l'éducation des femmes, elle grandit à l'ombre d'un double héritage : celui d'un pays ancien et celui d'une révolte intime contre les limites imposées aux filles. Très tôt, elle comprend que l'obéissance n'est pas une vertu lorsqu'elle étouffe l'intelligence. Elle choisit la science et le soin : elle sera médecin. Mais guérir les corps, découvre-t-elle vite, ne suffit pas lorsque les esprits demeurent entravés et les droits niés. Sa vocation déborde la clinique : son combat sera celui des femmes, de leur voix et de leur liberté.

Dans l'Iran des années 1950 et 1960, tiraillé entre tradition et modernité, Farrokhroo Parsa observe une société en mutation inégale. Le Shah Mohammad Reza Pahlavi engage de vastes réformes, la "Révolution blanche", promettant alphabétisation, droit de vote pour les femmes, modernisation de l'État. Parsa fait alors un choix stratégique et risqué : agir de l'intérieur. Elle s'engage politiquement aux côtés du souverain, convaincue que l'appareil d'État, malgré ses contradictions, peut ouvrir une brèche durable dans l'ordre patriarcal. Cette proximité avec le pouvoir impérial lui offre des moyens d'action inédits ; elle l'expose aussi à une haine tenace, nourrie par les forces conservatrices et religieuses qui voient en elle une transgression incarnée. 

Farrokhroo Parsa
Farrokhroo Parsa

En 1963, lorsque les Iraniennes obtiennent enfin le droit de vote, Farrokhroo Parsa entre au Parlement. Députée, elle impose une parole neuve, ferme et pédagogique. Elle plaide pour l'égalité civique, l'accès des filles à l'éducation, la reconnaissance de leur autonomie intellectuelle. Pour elle, l'école n'est pas seulement un lieu d'apprentissage : c'est un acte de libération, un rempart contre l'obscurantisme. Elle défend l'enseignement mixte, la formation des enseignantes, la diffusion des savoirs scientifiques, convaincue que la dignité commence par la connaissance. 

En 1968, le Shah la nomme ministre de l'Éducation. Pour la première fois dans l'histoire de l'Iran, une femme siège au gouvernement. Le symbole est immense ; la tâche l'est plus encore. Parsa multiplie les chantiers : ouverture d'écoles, réforme des programmes, promotion de l'alphabétisation des filles dans les zones rurales. Elle sait que chaque classe ouverte est une victoire fragile, chaque élève une promesse. Mais elle sait aussi que la modernisation décrétée d'en haut suscite des résistances profondes. À mesure que l'espace public s'ouvre aux femmes, les oppositions se radicalisent. 

Puis l'histoire se retourne. La révolution islamique de 1979 balaie l'ordre ancien et avec lui celles et ceux qui avaient osé s'en affranchir. Les femmes, qui avaient tant à perdre, sont parmi les premières frappées. Farrokhroo Parsa, symbole vivant des réformes du Shah et du féminisme d'État, devient une cible. Arrêtée, jugée sans justice, accusée de crimes moraux inventés, elle est condamnée non pour des actes, mais pour ce qu'elle représente : une femme libre, instruite, visible, irréductible. 

Farrokhroo Parsa lors de son "procès"
Farrokhroo Parsa lors de son "procès"

En 1980, elle est exécutée 

Avant de mourir, elle écrit à ses enfants une lettre qui résonne comme un testament moral :

« Je suis médecin, je n'ai pas peur de la mort. Je préfère mourir les bras ouverts que vivre dans la honte forcée de porter le tchador. » 

Ces mots ne sont ni un adieu ni une plainte. Ils sont un refus. Refus de la soumission, refus de l'effacement, refus d'une vie amputée de sa vérité. Farrokhroo Parsa meurt debout, fidèle à elle-même jusqu'au dernier instant. Sa mort n'éteint pas son combat : elle le cristallise.

Aujourd'hui encore, son nom demeure à la fois occulté et incandescent dans la mémoire iranienne. Elle incarne la tragédie des réformes inachevées et la lumière des luttes sans compromis. Figure de courage et de dignité, Farrokhroo Parsa rappelle que l'éducation est une arme pacifique, que la liberté a un prix, et que certaines vies, même brisées, continuent de se tenir droites dans l'histoire.

SWSP