
Les bijoux de la reine Fabiola aux enchères : la monarchie belge coupable d’abandon patrimonial
Symboles d'histoire, de pouvoir et de continuité, les bijoux royaux dépassent largement leur valeur matérielle. La mise aux enchères de certaines pièces ayant appartenu à la reine Fabiola, transmises à sa famille espagnole à son décès, soulève dès lors de vives interrogations. Si la vente ne relève pas directement de la monarchie belge, l'absence d'accord visant à préserver ces joyaux dans le patrimoine national donne néanmoins le sentiment d'un désengagement, ravivant le débat sur la responsabilité de l'institution royale dans la sauvegarde et la transmission de l'héritage historique et culturel du royaume.

La vente aux enchères, par une maison espagnole, de bijoux ayant appartenu à la reine Fabiola n'est pas un simple fait divers mondain. C'est un aveu d'échec, et plus encore, une faute patrimoniale. Parmi les pièces proposées figurent une demi-parure des années 1920 et la bague de fiançailles de celle qui fut reine des Belges pendant plus de trois décennies. Des objets profondément liés à l'histoire de la monarchie, aujourd'hui traités comme de vulgaires actifs financiers, livrés sans scrupule au marché privé international.
Cette situation est d'autant plus choquante qu'elle n'est ni imprévisible ni accidentelle. Elle résulte d'un choix structurel assumé par la monarchie belge : celui de refuser toute politique de protection des bijoux royaux. Là où d'autres monarchies européennes ont compris depuis longtemps que certains objets dépassent la sphère privée pour relever du patrimoine national, la Belgique persiste dans une vision étriquée, juridiquement commode mais historiquement désastreuse.

Au Royaume-Uni, le Royal Collection Trust protège les joyaux royaux de la dispersion et de la spéculation. En Espagne, aux Pays-Bas ou en Scandinavie, des fondations et des collections d'État garantissent la conservation et la transmission des pièces emblématiques. En Belgique, en revanche, rien. Aucun fonds, aucune collection officielle, aucune volonté politique ou royale de sanctuariser ces symboles. Les bijoux sont traités comme des biens personnels, promis à l'éclatement au gré des successions et des intérêts privés.
Le résultat est aujourd'hui sous les yeux du public. À la mort de la reine Fabiola, ses bijoux ont été répartis entre héritiers selon une logique strictement familiale, sans la moindre considération pour leur portée historique. Si quelques pièces ont été conservées au sein du couple royal actuel, une large part a échappé à toute maîtrise institutionnelle, passant entre les mains de parents éloignés, libres d'en disposer à leur guise. La mise aux enchères actuelle n'est donc pas une surprise : elle est la conséquence directe d'une négligence organisée.

Pire encore, la monarchie ne peut prétendre à l'ignorance ou à l'impuissance. Elle a choisi de ne rien faire. Elle a accepté que des bijoux portés lors de cérémonies officielles, de visites d'État et de moments clés de l'histoire belge puissent quitter définitivement le pays, sans débat public, sans classement patrimonial, sans le moindre mécanisme de préemption. Ce silence est une forme de renoncement.
Ce renoncement pose une question fondamentale : comment une institution qui se présente comme garante de la continuité nationale peut-elle se désintéresser à ce point de ses propres symboles ? En laissant disparaître les joyaux de la Couronne, la monarchie belge affaiblit elle-même son récit, son prestige et sa légitimité culturelle. Elle se prive d'un patrimoine tangible qui aurait pu être transmis, exposé, étudié, et partagé avec les citoyens.

La vente des bijoux de la reine Fabiola agit ainsi comme un révélateur brutal. Elle expose une monarchie incapable, ou peu désireuse, d'assumer une responsabilité patrimoniale élémentaire. À ce rythme, il ne restera bientôt plus rien des joyaux royaux belges, sinon des images d'archives et des notices de ventes aux enchères. Un effacement silencieux, mais lourd de sens, dont la responsabilité incombe pleinement à l'institution elle-même.
SWSP